dimanche 7 décembre 2014

Clemenceau et Gouttebel

Décidément, nous avons en Auvergne une gauche bien singulière... Après le maire de Clermont-Ferrand, M. Bianchi, qui, dans la petite revue financée par la publicité Zap, avoue s'amuser beaucoup avec des jeux de guerre violents, s'identifie à une grosse brute (Obélix...) affiche ses dépendances au tabac et à l'alcool et reconnaît son admiration pour l'empire États-unien, voici Jean-Yves Gouttebel, radical de gauche et président du conseil général du Puy-de-Dôme, qui dans la même revue déclare hautement son admiration pour... Georges Clemenceau!
Parmi ses essentiels, il  a "Une biographie de Georges Clemenceau, sans lequel nous aurions perdu la grande guerre et qui fut l'un des plus grands républicains, éclairé, cultivé et déterminé."
Georges Clemenceau a été député radical  et depuis l'an passé il est vrai M. Gouttebel est passé du PS au PRG, d'où le choix de cette biographie.


Mais Monsieur Gouttebel, il faut cesser de considérer les guerres comme des parties de ballon rond. Des millions de jeunes gens sont morts entre 1914 et 1918, des millions de familles ont été brisées de ce côté-ci du Rhin et de l'autre. En 1914 après des années de propagande éhontée, orchestrée par des militaires désireux d'avancer dans leur carrière, par des nationalistes avides de repousser les frontières, par des industriels en recherche de débouchés pour leurs productions, et aussi par des politiciens carriéristes et sans scrupules tels que Georges Clemenceau, de jeunes allemands de chair et des français de sang à peine sortis de l'adolescence se sont jetés les uns sur les autres pour s'étriper en pure perte. Certes l'Alsace a "rejoint le giron de la France", mais a-t-on jamais demandé aux Alsaciens s'ils voulaient être Français et à quel prix? Rappelons que l'Alsace, pour avoir l'insigne honneur de devenir française a été annexée militairement par Louis XIV contre lequel elle a essayé (bien vainement) de se défendre.
Anatole France a écrit :  "on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels" Mais la patrie et les industriels, c'est une seule et même chose. La patrie, c'est un concept spécialement forgé ou du moins spécialement exhumé et mis en avant par la propagande pour préparer la guerre. La Patrie, ce sont ces "pères" symboliques et indignes qui, dans cette guerre, ont sacrifié leurs fils sur l'autel d'idées répugnantes que tout le monde aujourd'hui condamne hautement. D'ailleurs au final personne (a part peut-être la mort ) n'a gagné cette guerre.
Clemenceau "sans lequel nous aurions perdu la grande guerre? Non, "nous" qui vivons aujourd'hui n'avons ni perdu ni gagné cette guerre, nous n'étions pas nés et d'ailleurs qui voudra s'identifier à Nivelle, Joffre, à Pétain, ou même à Clemenceau? Pas moi,  je leur préfère Jaurès, qui pensait que cette guerre n'était pas une bonne idée. Quelle clairvoyance! mais à cause d'elle il a été assassiné, et son meurtrier acquitté, ce qui donne bien le ton d'une époque sans foi ni loi. Même d'un point de vue strictement tactique et en faisant abstraction de l'aspect immoral du sacrifice

de jeunes gens pour des conquêtes territoriales ou une prééminence de quelque ordre qu'elle soit, cette guerre a été perdue par tous ses belligérants.
A cause de cette guerre, la France et l'Allemagne se sont affaiblies et ont laissé le champ libre aux États-Unis. La défaite de l'Allemagne a  jeté les Allemands dans les bras de Hitler et préparé de nouvelles horreurs. Par bonheur "nous" qui vivons aujourd'hui n'y sommes pour rien, et ne sommes pas obligés de prendre parti pour ou contre l'Allemagne (pays avec lequel, signalons-le au passage, nous sommes censés ne plus avoir de frontières)...

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