vendredi 18 novembre 2011

Confession impudique, les Découvertes d'Eric Laurrent

Le dixième roman d’Eric Laurent, Les Découvertes est à ranger à part dans sa production.
Au fil des ouvrages on avait vu se construire et s’imposer un auteur froid et distancié. On lui savait gré de si bien polir des phrases interminables, on admirait qu’il ménage(ât) des effets savants, on ne pouvait que goûter le sens de l’humour subtil dont il faisait preuve, maniant la dérision et l’ironie de manière à ce que le lecteur bénévole puisse comprendre que, sans doute, on avait affaire à un maître de la prose, mais que malgré l’immensité de son talent il ne se prenait pas au sérieux.
Seulement, comme disait une bonne critique d’art de mes amies, « au niveau dramatique, c’est nul !» Ce handicap rédhibitoire « – il n’y a pas d’histoire ! » cette froideur hautaine, cette prétention l’éloignait de la plèbe presque aussi surement que sa faculté à utiliser à bon escient l’imparfait du subjonctif.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, si Eric Laurrent est un disciple incorruptible de Flaubert, dont il ressasse la gageure du roman sans sujet, s’il a adopté la phrase de Proust, seule susceptible de faire renaître le temps perdu, il n’en demeure pas moins issu de cette populace, celle-là même qui n’entrave que dalle aux circonvolutions de sa préciosité.
C’est ce que montre utilement la nouvelle œuvre de Laurrent. Nous avons affaire à une curieuse volte-face, notre auteur éthéré décidant de se consacrer à un exercice plus rebattu, celui de la collection de souvenirs d’enfance, celui du roman d’initiation avec la larme attendrie sur un passé non seulement banal, mais encore provincial. (Encore faut-il préciser que ce changement était nettement annoncé par le récit A la Fin, où Laurrent narrait son retour sur un passé relativement lointain à l’occasion du décès de sa grand-mère, qui lui donnait l’occasion de se rappeler qu’il n’était pas seulement un auteur parisien très classe à chemise blanche et à barbe de trois jours, mais qu’il provenait d’une obscure bourgade de la banlieue de Clermont-Ferrand rebaptisée Courbourg, ce dont à la lecture de ses œuvres on eut pu grandement douter)
On me dira, ce genre du roman initiatique en est un parmi d’autres, or Laurrent a systématiquement revisité, à sa petite main, avec ses moyens moyens, toutes les catégories que la littérature a fait naître au cours de sa longue histoire. Disons que ce genre nous convient, à nous autres lecteurs, et que jusqu’alors, notre héros a certes fourbi des outils magnifiques, des strophes fuselées, des périodes ronflants, citant longuement hors les bulles les dires logorrhéiques du héros de Greg, mais que sous la robe étincelante, la mariée était étique, on pouvait lui compter les côtes.
Ici on a de la matière, et quelle matière ! A l’attendrissement enfantin qu’appelle l’épopée initiatique, Laurrent répond – en accord avec lui-même - par une confession impudique. Sans quitter d’un pas la phrase prou ou peu proustienne, plus que jamais adaptée à l’exercice en cours, rappel de souvenirs et mise au jour de l’archéologie personnelle qui l’a conduit à se voir en littérateur plutôt qu’en suppléant d’un collège bas-auvergnat, Laurrent se livre à ce que Leiris appelait la littérature tauromachique, qui consiste pour l’écrivain à se présenter dans l’arène des lettres en tenue de lumière, face à un public taurin devant lequel il agite la cape rouge de ses provocations.
Tout petit déjà, Laurrent était un obsédé sexuel. Comme nous tous, diront certains, à l'image du Petit Spirou, mais lui le dit et puis le prouve hautement. On pourrait affirmer qu’il l’est resté, puisqu’il confie au public ce que beaucoup n’ont pas osé ou jugé utile d’informer même le partenaire habituel de turpitudes parfois bien plus salaces. Aucune atrocité ne retient d'ailleurs l’attention du lecteur, mais la précision des faits rapportés ressemble fort au bris, au son des trompettes, d’un tabou, de l’absent de tout roman de bon aloi, à savoir la vie sexuelle de qui n’en a pas encore… Certes Freud nous a appris que l’enfant est un pervers polymorphe, mais Laurrent, lui, en fouillant les souvenirs antérieurs à la carrière de play-boy international qu’il a parcouru par la suite, ainsi qu’il nous l’explique complaisamment, nous montre ce qu’il en est sur le plan pratique.
Certains diront : rien ne nous est épargné ! depuis le premier émoi à l’école maternelle, la peinture de David dans le grand dictionnaire, des starlettes apparaissant à la télévision, puis la photo de cinéma d’Emmanuelle, annonciatrice d’une pornographie triomphante alors à son balbutiement, et la recherche active de revues suggestives dont Penthouse, qui ne peut que rappeler d’excellents honteux souvenirs à ceux qui naquirent aux alentours de 1966, et la plongée en piscine entre les baigneuses en deux-pièces, et même le premier orgasme – solitaire, évidemment! qui, pour les besoins d’une vocation se devant d’être impérieuse, est concomitant à la première œuvre littéraire. ..
L’auteur partage l’opinion émise par Woody Allen selon laquelle les femmes sont Dieu (voir Deconstructing Harry ) on le comprend par le rapprochement hérétique qu’il établit entre l’étymologie du nom Emmanuelle («Dieu est avec nous» en Hébreu) et Dieu lui même, ajoutant à ce blasphème la constatation qu’en Kristel on voit le christ – mais il se garde d’ajouter que Sylvia est une habitante de la forêt, une exclue du champ de la culture. (Notons pour rester sur Allen, que Laurrent est une incarnation certes approximative du personnage de Harry Block, lui-même écrivain et fasciné maladivement par les femmes.)
Les efforts de Laurrent pour ramener ce qui semble quelque peu sauvage dans le champ de la culture sont intéressants. Ainsi l’attirance pour le sexe opposé devient découverte de la beauté. Laurrent tente d’annexer de nouvelles terres à la vraie littérature, je veux dire autre que pornographique, laquelle au demeurant ne se satisfait aucunement d'aussi grêles émoi, d’autres plus savants diront s’il a réussi. Sade y fit venir la cruauté gratuite, Masoch l’amour de qui vous maltraite, Laurrent chante le désir sexuel prenant peu à peu conscience de lui-même et même l’activité masturbatoire juvénile, (à la manière d'un Dali se représentant Grand Masturbateur ou du Truffaut des Quatre Cent coups), thème généralement soigneusement occulté au bénéfice d’aventures sentimentales à deux qui souvent ne vont « guère plus loin que le bout de [leur] lit ». Le récit s’arrête avec la première "vraie" relation amoureuse (ou faut-il dire sexuelle ?) qui est à la fois l’épanouissement du thème, la résolution du conte (que la laideur vraie ou supposée de l’auteur lui faisait repousser sans cesse, approfondissant du même coup le sujet du roman) et pourtant, dans un sens, pour ainsi dire, une partie hors sujet du roman…
L'arrière plan si l'on veut de cette dérisoire épopée sexuelle, c'est comme on l'a vu le paysage clermontois précisément rendu, par petites touches apparaissant ça et là, avec l'évocation des lieux communs de la ville, le jardin Lecoq, la place de Jaude et son cinéma L'étoile (en fait Le Capitole) et même le café Le Régent cher également à quelques étudiants (en lettres, on s'en doute). Hommage à une ville, et aussi à un milieu, d'artisans d'origine Italienne dont un grand-père Italo-Auvergnat auquel une longue note rend hommage, qu'au fond l'auteur a semblablement trahis en devenant écrivain parisien. Comme le vilain canard devenu cygne, dans sa parure blanche, il tâche de rehausser ceux dont il est issu, ou du moins de ne pas les renier .

Mais déjà l'attraction Parisienne pointe, à l'occasion des grèves de 1986 contre les lois Devaquet, l'auteur monte manifester en compagnie de sa future conquête, mais délaisse les cortèges pour dévaliser quelques librairies et autre disquaires, en attendant de s'installer définitivement dans la capitale et de publier une première œuvre aux réputées Éditions de Minuit.
Aux dernières nouvelles, notre auteur vient de recevoir le prix Wepler. 10 000 € , c’est toujours ça, pour un obligé de travailler, comme il le signale également par une note où il apparaît semblable à l'employé de bureau nazebroke de Coup de Foudre. On souhaite que l’auteur use avec parcimonie de ses nouveaux revenus, et prenne le temps de nous concocter d’autres ouvrages de cette sorte.

Les Découvertes Eric Laurrent, éditions de Minuit. 2011

mercredi 16 novembre 2011

Le président de la carence


Avec l’instauration d’un quatrième jour de « carence » les congés maladie ressemblent à s’y méprendre à des congés sans solde
Mais comme dit ma voisine qui est toujours en pleine forme: « il y a eu trop d’abus ! » Et c’est vrai que les travailleurs n’ont pas le droit d’être malades, c’est un luxe réservé aux enfants, aux chômeurs, aux rentiers et aux retraités. Et puis, pour sauvegarder le principal, l'assurance maladie, ne faut-il pas renoncer au superflu, les indemnités?
Avec un temps de retard les fonctionnaires sont enfin à leur tour mis à contribution. Un seul jour pour eux, quatre pour les autres, c’est un peu deux poids deux mesures, mais ne faut-il pas diviser pour régner?
Et notre président règne, tyran de pacotille distribuant les taloches aux pauvres et les complaisances aux industriels dont, par exemple, Sanofi-Aventis, dont les bénéfices nets ont été de 8,4 milliards d’euros pour l’année 2009 et 9,215 milliards d'euros pour 2010.
Mais bien entendu, c'est de l'argent privé, qui n’a strictement rien à voir avec le déficit de la sécurité sociale.

mardi 15 novembre 2011

Intensification de la lutte contre le péché de paresse

Une fois de plus M. Sarkozy s’attaque à la principale (et peut-être bien la seule) plaie de notre pays : les congés de maladie abusifs. Il réfléchit à une loi qui permettra à la caisse de sécu de reprendre aux pseudo-malades les indemnités touchées indûment.
Quand on sait que ce problème provoque environ 1 % du déficit de la sécu, et que certains laboratoires pharmaceutiques ont récemment coûté des millions à la collectivité en commercialisant des médicaments inefficaces quand ils n’étaient pas dangereux, on ne peut qu’applaudir devant tant de clairvoyance et opiniâtreté à combattre le péché inexpiable parmi tous : la paresse !