dimanche 21 janvier 2007

Malaterra, de Philippe Carrese


Philippe Carrese est né à Marseille en 1956. Il a reçu plusieurs récompenses pour ce film.
Malaterra se passe en Provence en 1916, et a la particularité d’être tourné en provençal, sous-titré français. Dans un souci de réalisme, chacun s’exprime dans la langue qu’il est supposé utiliser dans la réalité : le facteur, les gendarmes parlent français, d'autres alternent « patois » et français suivant les circonstances. Pour un hameau reculé, la langue française paraît très présente, trop peut-être pour 1916.

Ce film rappelle Affreux sales et Méchants de Scola, que Philippe Carrese avait certainement en tête, particulièrement pour le rôle du patriarche.
Le jeu des acteurs, l’image, les décors, le scénario, tout est beau et bien fait, bien en place, on ne s’ennuie pas.

On trouve dans cette malheureuse famille provençale un patriarche veuf donc, apparemment cloué sur sa chaise par un handicap, mais tyrannique, alcoolique, cynique et brutal, prêt à détrousser le sourd-muet (ou cru tel) auquel il a offert l’hospitalité. Sa fille nymphomane manie, après boire, le fusil aussi bien sur les lapins que sur les humains. Tous deux ont grand besoin de dentiste. La petite-fille soufre de dérangement mentaux (inceste…), plus ou moins nymphomane également, c’est la vue du christ en croix qui lui procure excitation. Le petit-fils, un artiste dessinateur contrarié, passe son temps à draguer le facteur. La belle-fille, dont le mari est porté disparu est un personnage banal, il en fallait un.

Cela fait beaucoup pour un seul film, surtout destiné à un public familial («tout public» dit la fiche technique…) Trop de tares, de dépravations, de bizarreries pour une seule famille. L’effet d’accumulation nuit finalement à la vraisemblance. Cette critique pourrait évidemment convenir à la plupart des films qu’on tourne aujourd’hui. Trahison, meurtres, viols, inceste sont les ingrédients du (télé)film familial. Malaterra, n’échappe pas à cette règle.

Ceci dit il serait dommage de manquer ce rendez-vous avec la langue occitane, qui n’apparaît que très rarement dans le champ culturel français. A tel point qu’on pourrait se demander si elle existe vraiment. Elle a pourtant été parlée par douze millions de personnes avant d’être remplacée à grands frais par le français, au cours du siècle dernier. Les descendants de ces millions d'"acculturés"peuvent le voir, elle existe, mais comme le rocher de Malaterra, elle est interdite et maudite sans raison.

jeudi 18 janvier 2007

L'Occitania saluda Cuba

Les gauchistes des années 70 ont eu tort de chanter les louanges de Castro. L’Occitaniste Marti a même osé chanter (et il le fait encore, l'obstiné!) « L’occitania saluda Cuba, la dignitat la libertat» (est-il vraiment besoin de traduire ?) chanson dans laquelle, cependant, il n’est guère question de Castro lui-même, mais plutôt de la rencontre musicale de deux peuples.

Castro a fait la guerre à nombre d’opposants et, dernièrement a emprisonné des journalistes. Son régime est régulièrement épinglé par Amnisty International… Peut-être en France nous faudrait-il un Castro pour empêcher certaines entreprises privées de décider de ce qu’on verra au journal de vingt heures, même sur les chaînes publiques (puisque aussi bien c’est la publicité et le foot qui gouvernent). Mais c’est un autre débat.

Castro est un tyran, et d’ailleurs il n’est pas élu démocratiquement. De plus il a eu et a encore l’appui des régimes communistes les plus sanglants (Ex-URSS, Chine) ; Certes, sans l’appui de l’URSS, Castro aurait connu le sort du Chilien Alliende, et se serait certainement suicidé comme lui. Certes aussi, depuis quelques temps la Chine n’est plus si infréquentable (bizness être bizness, et c…)

Certes, selon (c) Etudiants du Monde / Students of the World – www.StudentsOfTheWorld.info) L’espérance de vie à Cuba est de 77 ans, exactement comme aux Etats-Unis, et l’alphabétisation y est au moins aussi bonne malgré un PNB par habitant ridiculement bas.

Certes, ce n'est pas Castro qui organise le blocus de son île et ce sont bien les autorités Etats-Uniennes qui interdisent à leurs ressortissants de se rendre à Cuba. (liberté chérie !)

Certes, c'est bien aux États-Unis et non à Cuba que le taux d'emprisonnement pour cent mille habitants est le plus élevé.

Certes, ce n’est pas Castro qui a envahi le Vietnam… Ce n’est pas non plus Castro qui a envahi l’Irak et l’Afghanistan et qui y est encore (comme dit le petit ours, dans le conte de Boucle d’Or.)

Certes mais condamner Castro, ça ne mange pas de pain, ce dictateur là n'est pas à nos portes.

Et puis cela montre au peuple combien l'augmentation du SMIC est néfaste. C'est un acte socialiste qui entrainerait tôt ou tard un régime néo-Castriste, anti-démocratique, et, qui sait? le retour des goulags.

lundi 15 janvier 2007

Qui a intérêt à voter pour M. Sarkozy ?

L’échine de la malheureuse fiancée
était parcourue d’un frisson hystérique de dégoût et de haine d’elle-même,
tandis qu’elle s’abandonnait aux assauts de la libidineuse brute hunnique qui
l’avait séduite et qui, son œuvre contre-nature accomplie, devait la
laisser écoeurée, pantelante et mutilée.

Euksène Huo d’Huog Mary Ann 2007 (inédit)


M. Sarkozy à l'occasion de son "investiture" a déclaré : "Je veux que l'Etat soit contraint de laisser à chacun au moins la moitié de ce qu'il a gagné. Je veux un bouclier fiscal à 50% " Or qui en France paie plus de 50 % d’impôts sur le revenu ? Les riches. M. Sarkozy se présente pour défendre sa clientèle : les gros. Il l’affirme haut et fort.

Le hic, c’est que les « gros » sont peu nombreux. Qui va alors voter pour lui ? Eh bien, ce sont les travailleurs, «Les gens (qui) en ont marre de l’assistanat » affirme-t-il. M. Sarkozy, qui tient en grande estime « le travail» veut, pour motiver ceux qui travaillent, diminuer l’assistance (logique par ailleurs : il faut compenser la baisse des impôts prévue plus haut.)
Pour les travailleurs eux-mêmes, rien en vue, à par la bien triste satisfaction de voir les démunis encore plus pauvres.

En résumé : plus pour les riches, moins pour les pauvres et rien du tout pour les autres.
Qui a intérêt à voter pour ce triste sire ?

dimanche 14 janvier 2007

On va encore diaboliser Sarkozy

C'est ce qu'on a pu entendre ce matin sur France-Culture. C'est curieux comme certaines personnes, on ressent l'envie de les "diaboliser".
Le premier qui me vient à l'esprit, c'est un grand démocrate devant l'éternel, président d'un certain Front National. Combien de fois a-t-on dit, écrit, entendu "ne diabolisons pas ce Monsieur".
M. Sarkozy lui a emprunté, en plus du thème juteux de l'insécurité, quelques-unes de ces techniques qui vous posent en homme énergique, mais, hélas! vous confrontent au risque d'être "diabolisé". Je pense aux petits dérapages verbaux bien contrôlés et autres déclarations à l'emporte pièce.

Mais au fait, qui a-t-on l'habitude de diaboliser? Petite enquête sur internet avec un bon moteur de recherche ayant bien pignon sur rue.

occurences

"diaboliser Villepin 0
diaboliser Jospin" 0
"diaboliser Buffet" 0
"diaboliser Raffarin" 0
"diaboliser Laguiller" 0
"Diaboliser Luc Ferry" 0
"diaboliser Giscard" 0
"diaboliser Bové" 0
"diaboliser José Bové" 1
"diaboliser De Gaulle" 1
"diaboliser Chevènement" 1
"diaboliser Mamère 1
"diaboliser Reagan" 1
"diaboliser Royal" 2
"diaboliser Chirac" 2
"diaboliser Besancenot" 2
"diaboliser Mittérand" 6
"diaboliser Castro" 16 ("diaboliser Fidel Castro" 5)
"diaboliser Ben Laden" 18
"diaboliser Staline" 24

"diaboliser Blair" 36
"diaboliser Hitler" 54
"diaboliser Berlusconi" 55
"diaboliser Bush" 73

"diaboliser Sarko" 181
"diaboliser Sarkozy" 178
"diaboliser Nicolas Sarkozy" 59

total M. Sarkozy 418

"diaboliser Le Pen" 466
"diaboliser Jean-Marie Le Pen" 13
Total M. Le Pen 479

"diaboliser Saddam" 484

Encore un petit effort et M. Sarkozy sera l'homme le plus diabolisé de la francophonie.
On se demande bien pourquoi!

Eric Laurrent, MMS.

Moi qui vous parle, j'ai bien connu l'écrivain Eric Laurrent. Il ne s'agit pas du Grand Reporter spécialiste de géostratégie, son homonyme, à qui je n'ai jamais fait les honneurs de ma maison.

Il s'agit plutôt de cet auteur, tout aussi estimable au demeurant, dont le style, selon la critique, est quelque peu "maniériste". Ce poulain des éditions de Minuit, y a déjà publié huit ouvrages, le dernier en date, paru en de 2005, s'intitule Clara Stern.

Nous nous rencontrâmes en octobre 1986 dans une colonie près d'un plan d'eau en Auvergne. Nous partagions la même chambre. J'écrivais mon journal au lit, ce qui intrigua Éric. Je refusai de le lui laisser lire. Cette pudeur lui parut bourgeoise, mais ce que j'étais en train d'écrire m'était apparu soudainement très stupide.

Voici ce que j'écrivais le 26 sept 86 : " Cinq jour à ne m'occuper que des mômes, à manger des sucreries, à discuter avec Éric, un animateur peu ordinaire; il joue de la guitare, parle comme un personnage de Margerin -c'est la partie classique- mais il est très myope, prétend lire beaucoup et connaît bien l'histoire du rock et de la musique "populaire"

Eric fut impressionné par le volume de journaux que j'avais écrit. Si cela se trouve je suis un peu à l'origine de sa vocation. Eric me fascinait car il jouait de la guitare avec facilité. Nous avions eu une guitare à la maison, une mauvaise guitare, dure et nasillarde. Ni mon frère, pourtant "doué pour la musique", ni mon père, et pas plus moi-même n'étions parvenu à en jouer. J'en avais conclu que c'était un exploit hors de notre portée et j'en admirais d'autant Eric.

Nous nous retrouvâmes en fac de Lettres.

Le journal qui n'arrachait pas les poils du cul

Il créa cette petite revue humoristique intitulée Trois feuilles et sous-titrée modestement « le journal qui n’arrache pas les poils du cul ». Eric écrivait la majorité des articles sous le pseudonyme transparent de Laurentérik. Il était grand lecteur de Charlie Hebdo dont personnellement je ne goûtais guère l'humour. Je lui donnai une nouvelle surréaliste qui fit quelque bruit parmi nos camarades. Trois feuilles était vendu à la sauvette à la sortie de la fac. Eric, lors de sa métamorphose littéraire, renia cette époque, ce qui m'apparut comme une trahison. Nous avions vécu cette période, on ne doit pas renier le passé.

Eric m'apprit la guitare. Il avait composé quelques chansons et projeta un "one man show". Cette idée fut abandonnée quand il eut des projets littéraires auxquels il entendait se consacrer complètement. Un jour, devant ses guitares et son ampli, il dit : "c'est du passé" il y renonçait solennellement, et s'y tint! Quelle leçon!

Un jour il me dit : "Tu écris, mais tu n'es pas écrivain, tu joues de la musique, mais tu n'es pas musicien, tu peins, mais tu n'es pas peintre."

Sa littérature était volontiers élitiste et désincarnée

Nous parlions de politique internationale. Je n'y connaissais rien mais un jour, convaincu par quelque activiste, je votai pour le candidat trotskiste. J'eus la satisfaction d'avoir voté comme le professeur d'histoire qui se plaignit en cours de ce que son candidat avait obtenu un quart de pour cent. Eric se disait de gauche, mais sa littérature était volontiers élitiste et désincarnée.

Il me semblait bien velléitaire, il sortait beaucoup, avait une vie sentimentale compliquée et paraissait ne guère travailler. Il réussissait difficilement ses examens. Je songeai avec une satisfaction mauvaise qu'il n'arriverait jamais à rien.

Nous nous perdîmes un peu de vue. Mais notre ville était petite.

Nous nous rencontrons près de la cathédrale. Je suis avec mon épouse, toi avec ta compagne du moment, une actrice locale. Tu portes les cheveux longs peignés vers l’arrière et une cape. Voilà qu’un pigeon te chie sur la tête. Un Dieu facétieux te désignait.

Quand nous le revîmes, ce fut en photo, sur l'encart publicitaire d'un libraire. Quelle surprise! Nous savions que tu étais parti pour la Capitale dans le vague espoir d'y faire ton trou. Nous discutâmes avec le libraire qui goûtait ton humour.

Coup de Foudre, paru en 1995, me plut beaucoup. Le velléitaire Eric avait laissé place à un maître du style. La topographie parisienne lui semblait familière, alors qu'il n'y avait pratiquement jamais mis les pieds. Il s'était tout simplement procuré une bonne carte, pensais-je - grave entorse au principe d'authenticité. Je décidai de renouer, nous eûmes une conversation au téléphone, le Figaro avait fait un article sur son roman, une critique positive! La droite aimait son bouquin. Depuis, plus de nouvelles.

Notre Eric devenait auteur des Editions de Minuit

Ce premier livre, je l’ai aimé. Je l’ai lu avec étonnement, puis avec délectation. Je trouvais admirable que tu sois parvenu non seulement à terminer un honnête roman, mais encore à te faire publier chez l’éditeur le plus branché et le plus littéraire de la place parisienne, celui qui fournit l’université en sujets d’étude. C’était comme dans Proust, quand madame Verdurin devient duchesse de Guermantes. Eric, notre Eric devenait auteur des Editions de Minuit. Mais peu à peu , comme chez Proust, notre Eric avait cessé d’être à nous. D’abord il était devenu distant, puis il avait carrément annoncé sa décision de partir à Paris.

Il est bien humain, le regret que la Fleur n’ait pas poussé dans notre jardin ! Est-ce la jalousie ? et puis quand même ! on n’est jaloux que par amour !
Max Jacob Notes à propos des Beaux-Arts 1924 (L’Ecoloquent 1987)

Après Coup de Foudre, Eric eut tendance à se laisser aller à son penchant à la préciosité, au maniérisme, et même parfois à une prétention à la limite de la stupidité. C'est du moins l'impression que j'avais, à le lire. Sans doute étais-je aveuglé par la jalousie et le ressentiment. Une ancienne amie, lectrice assidue, et qui le fréquentait encore me dit pourtant : « Du point de vue dramatique, c’est absolument nul ; il le sait, je le lui ai dit». Une autre lectrice me dit "Ca ne raconte pas d’histoire. C’est le roman français nombriliste."

Pourtant, Eric avait désormais des inconditionnels, un site internet littéraire le citait parmi ses favoris, aux côtés de Truman Capote. Il fréquentait le milieu littéraire, et même tutoyait Begbeder, l'homme aux lunettes de travers.

samedi 13 janvier 2007

Savarah "Soyez Bénis" de Pierre Barouh


Tout commence avec cette chanson : Deauville sans Trintignan de l'inénarrable Vincent Delerm. On entend une voix en arrière plan, celle de Trintignan, d'accord. De quel film s'agit-il? D'Un Homme et une Femme évidemment. Quand j'étais à la fac, mes petits camarades (des intellos qui se la pétaient dirait mon fils) se moquaient de Lelouch et de sa façon de filmer, particulièrement de ses cadrages. Je suppose que Lelouch sait ce qu'il fait. Enfin, ce film paraît un peu naïf, le scénario est léger, ça d'accord. On voit de belles images, pas toujours bien cadrées (hum...). Anouk Aimée est adorable, même si elle récite un peu ; ça doit venir de Lelouch.

En gros, ce film ne m'a pas convaincu, même s'il fut un film culte pour ma belle mère. Mais le passage où Pierre Barouh chante tout en fumant un cigare et en s'accompagnant à la guitare sans cesser de peloter la belle Anouk qu'il épousera bientôt (mais très provisoirement) retient mon attention.

La censure ne laisserait plus passer ça.
Notons ce passage savoureux où Barouh est vautré sur une chaise basse, la casquette de travers, la guitare à la main et le cigare aux lèvres tandis qu'Anouk fait la vaisselle en tablier à fleur sans cesser de chanter et de sourire. Tabagie, exploitation de la femme : la censure ne laisserait plus passer ça et elle aurait raison. Et puis c'est devenu tellement invraisemblable!

Bref, Pierre Barouh, acteur peu convainquant, assez grêle chanteur mais joli garçon, (et, ne l'oublions pas, auteur du mythique chabadabada) va tout de même ramasser beaucoup d'argent après le succès du film et lancer Savarah, une maison de disques bientôt spécialisée dans la "musique du monde". Ses premiers artistes seront Jacques Higelin et Valérie Lagrange. Cette dernière joue d'ailleurs dans le film : elle se suicide très vite et ce passage sonne particulièrement le creux. Que de copinages! non?

Tout cela ne m'a pas découragé. La chanson qu'interprète Barouh dans Un Homme et une Femme est, pour la musique, signée Baden Powell. Barouh s'est rendu au Brésil, il a lié connaissance et s'est lié d'amitié avec Baden Powell, le guitariste de bossa nova. Il y a même tourné, en 1969, un film intitulé Saravah ("Soyez bénis").

Je me procure ce film et... c'est un chef-d'oeuvre. On y voit Baden Powell jeunot chaussé de lunettes d'époque accompagner un vieillard qui lui-même s'accompagne d'une assiette et d'un couteau. Et ce vieillard Juan da Bahiana est l'auteur de sublimes chansons influencées par la rythmique africaine. On voit aussi le dénommé Pinxiginha, tout aussi chenu, saxophone en main, et qui habite une rue de Rio qui porte déjà son nom!

En costume de bain, ils boivent, mangent, fument et chantent des bossas
Ensuite, autour d'une table, sur une plage de la baie de Rio, voici Maria Bethania, toute aussi jeune que pétrie de talent. Elle chante d'une voix riche avec une bonne humeur que le passage des années, sensible au grain fané de l'image, rend bien mélancolique. Elle est accompagnée de Paolinho Da Viola, subtil chanteur et guitariste plein de talent et de simplicité et tout aussi juvénile que sa voisine de tablée. En costume de bain, ils boivent, mangent, fument et interprètent des bossas et des sambas que chacun, autour de la table, reprend avec eux. On aurait aimé se trouver là, (et connaître mieux ce répertoire). Tout ce passage est très émouvant de fraîcheur, de profondeur et de simplicité.

La chanteuse Marcia est filmée en quatuor avec Baden Powell, une flûte et une contrebasse lors d'une répétition. Cette belle femme interprète aussi de façon très émouvante un air de "samba triste". Cet enregistrement où les musiciens se font face puisqu'il n'y a pas de public, et en quelque sorte font corps est aussi poignante, particulièrement le temps d'une première ballade. Les percussionnistes qui se joignent à eux ensuite rompent un peu cet enchantement.

Un misérabilisme gênant
La dernière partie du film, un peu surajoutée, est de 1996 et consacrée à un musicien de favela : Adâo dont le talent est certain, mais... on tombe un peu dans un misérabilisme gênant. On est dans une masure bien plus délabrée que celles, pittoresques, de la Cité de Dieu. Adâo, noir à la musculature puissante, édenté, en haillons, chante l'Afrique et critique amèrement le colonialisme devant des bobos cossus et tout-puissants. Il est "repéré" par un Barouh blanchi sous le harnais, ayant abandonné son cigare. Certaines de ses chansons seront reprises par un artiste connu. Cela sent un peu la récupération.

Entre deux séquences, officiellement pour fuir une vendetta locale, Adâo se retrouve dans un hospice. Les dents refaites, la calotte brodée sur la tête, il a désormais fière allure et ressemble comme un frère à Fifty Cents.
On promet qu'il va faire un disque... mais on n'y croit guère. On raconte qu'il a depuis péri sous les balles, comme dans la Cité de Dieu.

On préférera rester sur le souvenir de ces jeunes Brésiliens pleins de talent à l'orée de leur carrière, chantant sans façon autour d'une table ou répétant pour le concert qui va venir : Baden Powell, Paolinho Da Viola, Marcia et Maria Bethània... fort agréablement filmés par Pierre Barouh.

L'excentrique

Après un petit problème technique qui m'a passablement énervé hier, au point de menacer l'intégrité de mon clavier et de mon unité centrale, me voilà plus ou moins en état de vous causer de l'aspect le plus original de ma vie quotidienne.
J'ai deux enfants et je vis avec leur mère depuis une vingtaine d'années ; nous travaillons tous deux et ne sommes ni séparés ni divorcés mais ce n'est pas là le plus original.

Voilà! Depuis dix-huit ans, nous vivons sans télé à la maison.
Je sens que je vous étonne, là, hein?
Le plus beau, c'est que je n'ai presque rien à ajouter : la télé ne me manque pas, je ne trouve pas le temps long, j'ai même assisté à la finale de la dernière coupe du monde (dans un bar, sur un écran géant).
Les informations? Disons les nouvelles... La radio les donne, aussi fausses et orientées certes qu'à la télé, mais elle les donne. Et puis depuis quelques temps il y a internet. Encore faut-il savoir lire.

Pourquoi je parle de la télé alors? Eh bien, d'abord, pour me faire remarquer, pour faire le malin.

presque aussi excentrique que de marcher sur les mains
Je ne crois pas qu'en France, de nos jours, il y ait beaucoup de personnes qui puissent se vanter de n'avoir pas la télé depuis près de vingt ans. C'est presque aussi excentrique que de marcher sur les mains ou de sauter à l'élastique...
Il faut dire que ce n'est pas très encouragé, de se passer de la télé...
De toutes façons, on ne peut échapper à la télé, et particulièrement aux informations (à la propagande, devrais-je dire) de TF1 (entre autres). Car tous les soirs la moitié de la population fait de TF1 son maître à penser. Les idées de TF1 deviennent rapidement les idées en vogue. Chacun répète ce qu'il a entendu, ou plutôt vu la veille. Les images ont parlé!

Elles ont dit que le commerce était la chose la plus indispensable du monde, que la recherche du profit maximum était la seule raison de vivre, que les riches méritaient d'être riches et que si les pauvres étaient pauvres, ils l'avaient bien cherché.

Voilà la philosophie dominante! celle qu'on entend dans tous les cafés du commerce du pays...
Les "gros", ceux qui ont depuis toujours l'argent et le pouvoir, ont compris ce qu'il y avait à gagner à posséder les principaux moyens de communication. Chaque jour, ils font ce qu'ils appellent de la "pédagogie" aux enfants qui peuplent la planète. Ils leur expliquent comment voter et ce qu'il faut accepter sans discuter, pour leur bien.
On pourrait se demander comment la droite, le parti des riches, peut conserver autant le pouvoir dans un monde où les gens modestes sont si nombreux. Eh bien, c'est par le moyen de la "pédagogie".


Pour être heureux dans la vie il faut des goûters sous cellophane.
Peu importe ce qu'on enseigne dans les écoles, ce soir la télé va expliquer à nos petits que leurs parents sont des has been et que pour être heureux dans la vie il faut des goûters sous cellophane, des jeux électroniques et des poupées filiformes par tombereaux. Mais la "pédagogie" de la télé s'adresse avant tout aux grands enfants, à ceux qui ont le droit de voter, et même celui de manifester leur mécontentement, par la grève par exemple.
La grève, ça coûte cher à la société, tel est le message des télévisions. Mais ne pas faire grève, ça coûte très cher aux salariés. A accepter trop de "réformes" on en serait réduit bientôt à travailler pour rien.

La télévision, cependant, je le reconnais, est utile. Elle est utile pour occuper les vieux laissés seuls dans leurs coûteuses maisons de retraite, les enfants dont les parents n'ont pas les moyens de se payer une nurse pendant qu'ils font des heures supplémentaires, les chômeurs qui n'ont plus de volonté que pour appuyer sur les touches de la télécommande. Sans parler bien entendu de tous les travailleurs qui, fatigués, lessivés par le labeur quotidien et les trajets trop longs s'effondrent sur leur canapé pour achever leur décervellement.

Ah! des réformes, ce pays en a bien besoin... mais ce ne sont peut-être pas celles dont parle TF1...

jeudi 11 janvier 2007

Tonton K100D entre dans la partie...

Salut à tous!
Ici Tonton K100D, néo-blogger mégalo parmi les mégalo facteurs de blogs plus ou moins confirmés!
Etre célèbre ne m'intéresse pas, être riche m'est indifférent, mais je veux que tout le monde le sache.
Et tous, lecteurs bénévoles, vous le saurez...